L’incroyable histoire de PC-DOS, le premier OS du PC d’IBM
Avec quelques 45 ans de recul, l’histoire du premier PC d’IBM a pris des habits légendaires où l’on ne sait plus toujours distinguer le vrai du faux. C’est particulièrement le cas de l’un de ses principaux composants, PC-DOS, son OS, sans lequel, Microsoft ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

La naissance de PC-DOS
Il faut se remettre dans le contexte de 1980. A cette époque, il y avait un constructeur, IBM, qui faisait la pluie et le beau temps, avec des bénéfices supérieurs au chiffre d’affaires du numéro 2 mondial, Digital Equipment.
C’est peu de dire qu’IBM disposait d’un véritable monopole, conquis grâce à une stratégie rigoureuse, parfois brutale et sans scrupules, ce que la célèbre "policy", le manuel de comportement destiné aux vendeurs, résumait bien. Mais IBM s’appuyait aussi sur une maîtrise parfaite de l’ensemble de la chaîne des mainframes, depuis leur fabrication jusqu’aux logiciels pour les faire fonctionner.
De ce point de vue, IBM appliquait une règle immuable, celle qui consistait à passer par ses laboratoires, avant de se lancer dans un projet innovant, qui pouvait engager l’ensemble de la Compagnie.
Ce point est important, car pour la première fois, le projet IBM PC, qui portait le nom de code Acorn n’est pas passé par les recommandations des laboratoires, mais a été proposé par quelques influenceurs, comme on les désignerait aujourd’hui, sans que l’on sache réellement dans quelles circonstances, tout cela a été décidé. Les nombreux livres qui ont été écrits depuis, sont parfois contradictoires sur le sujet.
Toujours est-il que le projet Acorn a été lancé sous la direction d’un certain Don Estridge, qui s’est retrouvé avec une machine en "papier", qu’il fallait fabriquer dans les plus brefs délais, mais dont il manquait plusieurs constituants.
Le point le plus important est qu’IBM avait fait le choix du circuit Intel 8088 pour équiper sa machine, un 16 bits pour les E/S et 8 bits pour les traitements mémoire, mais dont il n’existait aucun système d’exploitation capable de le faire fonctionner.
A cette époque le seul véritable système d’exploitation pour machine personnelle, en dehors de celui d’Apple, mais qui naviguait dans un autre monde, était CP/M, un produit écrit par la compagnie DRI ("Digital Research"), dont le patron était un certain Gary Kildall et dont il faut savoir qu’elle était également basée à Seattle, à quelques encâblures d’une autre compagnie, dite Microsoft, quasi-inconnue, si ce n’est pour avoir écrit un interpréteur Basic et dirigée par un dénommé William Gates III.
Dans un premier temps, IBM s’est adressé à Microsoft avec qui elle entretenait déjà des relations suivies, pour écrire un OS adapté au 8088, ce que Bill Gates avait refusé estimant que ce n’était pas son métier et qu’il n’avait aucune compétence dans ce domaine. Bill Gates suggérant à IBM de s’adresser plutôt à Gary Kildall qui lui, pourrait sans doute satisfaire sa demande.
C’est là que les choses deviennent un peu floues.
Selon les uns, les représentants d’IBM auraient tenté de contacter DRI, pour lui proposer la réécriture de CP/M en 16 bits, mais son patron aurait été absent, occupé à piloter son avion et peu enclin à discuter affaires avec l’équipe de Don Estridge.
Pour les autres c’est la propre épouse de Kildall, en charge de la partie juridique de DRI, qui ne se serait pas montrée coopérative, refusant par exemple de signer un contrat de non-divulgation pour protéger le secret du projet PC d’IBM.
Quel que soit le ou la coupable, le mal était fait et IBM, contraint et forcé et sans doute vexé, est revenu chez Microsoft, pour convaincre Gates de faire ce que le couple Kildall ne voulait pas faire.
Un plagiat évident
IBM ayant les moyens financiers et Bill Gates sentant qu’il y avait là une opportunité qui ne se représenterait peut-être jamais, accepta les conditions du "Number One", y compris de signer le fameux contrat de non divulgation, refusé par Dorothy Kildall.
Le problème était qu’il partait de zéro et n’avait donc pas l’expérience sur laquelle s’appuyer.
Pour s’en sortir, il fit l’acquisition d’un autre système d’exploitation, QDOS pour 75 000 $,écrit par une autre compagnie de Seatlle (décidément on n’en sort pas !) : "Seattle Computer Products", dirigée par Tim Paterson. QDOS étant un acronyme pour "Quick and Dirty OS"), qui lui fonctionnait en 16 bits sur circuit Intel. Le rêve.
C’est ce QDOS qui servira de base de lancement, Microsoft le transformant en MS-DOS avec une version labellisée IBM, dite PC-DOS. Qui évidemment fonctionnera sur 8088, le passage obligé imposé par IBM.
Et c'est donc doté d’un PC-DOS 16 bits qu’IBM présentera le 12 août 1981, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il s’agissait d’une copie conforme de CP/M, reproduit dans ses moindres détails, ceux de la plupart des commandes, seule interface utilisateur disponible à l’époque. Le véritable "coupable" étant évidemment QDOS d’où tout était parti.
Ce dont Gary Kildall s’est évidemment rendu compte, trop tard pour lui malheureusement, obligé de se contenter de la promesse d’IBM de proposer les 2 systèmes sur sa machine : PC-DOS à 40 $ et CP/M 86, enfin développé après 2 ans d’efforts, pour …240 $. Les utilisateurs n’étant pas totalement idiots, leur choix fut vite fait (96 %) plongeant par la même occasion DRI dans les oubliettes de l’histoire.
Quant à Bill Gates, l’aventure ne faisait que commencer, qui se chiffrera ensuite en milliers de milliards $. Pour ce qui est du couple Kildall, l’histoire ne dit pas si Gary a empoisonné son épouse Dorothy ou si Dorothy a cherché à loué un tueur à gages pour tenter de supprimer son pilote de conjoint. Gary finira quand même par vendre sa compagnie à Novell en 1991 pour 120 millions $. De quoi, probablement, acheter quelques bimoteurs et de se consacrer à sa véritable passion.