S’il est incontestable que les moteurs de recherche ont profondément modifié notre mode de vie, tant dans le monde professionnel que personnel, il est faux de croire que c’est à Sergueï Brin et Larry Page, les fondateurs de Google, que nous le devons.

Contrairement à une doxa très répandue, ce n’est pas Google qui a inventé le premier moteur de recherche de l’histoire. Même si cela ne leur fait pas plaisir, leurs fondateurs, Brin et Page, ont certes créé le moteur que nous connaissons aujourd’hui et qui est à l’origine de leur fortune, mais ils l’ont fait avec 8 ans de retard par rapport au pionnier, en l’occurrence Archie lancé en 1987 sous forme d’un projet étudiant à l’université québécoise McGill de Montréal.
On pourra toujours discuter sur le fait qu’Archie était un embryon de moteur et que c’est bien Google qui lui a donné ses lettre de noblesse, mais le fait est là et les gens de Google n’ont pas été les premiers sur l’affaire. On notera d’ailleurs au passage que Google est assez coutumier de cette torsion de l’histoire et pour s’en convaincre, il suffit de lire ou d’écouter ce que dit Raymond Kurzweil, on le rappelle responsable de la prospective chez Google, qui n’est pas à quelques prises de libertés près.
La vérité historique est bien d’attribuer le mérite de l’idée à Alan Ermtage, Peter Deutsch et Bill Heelan, qui avaient imaginé en 1987 un outil pour relier leur Université à Internet et permettre ainsi à ses usagers d’accéder à quelques sites FTP via le protocole Telnet et un serveur dédié pour le routage : "archie.mcgill.ca". Cet outil n’étant en fait qu’une sorte de répertoire dans lequel étaient recensés tous les sites FTP en question, mis à jour chaque mois pour ne pas trop encombrer les réseaux, les recherches dans ces sites s’effectuant par la commande Unix grep, qui permet de trouver une chaîne de caractères dans un fichier.
Les ingrédients étaient donc en place : des contenus mis à jour régulièrement, un accès Internet et des requêtes exprimées sur le poste de travail.
A partir de ce premier moteur, nos "explorateurs" n’ont eu de cesse d’améliorer leur offre, pour aboutir à un produit plus commercial, les requêtes pouvant s’exprimer progressivement par une commande dédiée archie ou xarchie, en communiquant directement avec le serveur via Telnet, mais aussi un peu plus tard par une interface Web.
Même si les "Google boys" n’en parlent pas, Archie a été très utilisé et a même représenté à son apogée, 50 % du trafic Internet généré par la ville de Montréal. Excusez-du peu pour un moteur inconnu…
Les promoteurs d’Archie iront d’ailleurs encore plus loin, puisqu’ils fonderont la première société de services sur Internet, aidée en cela par l’Université McGill, basée comme il se doit sur Archi et qui sera utilisée par plusieurs millions d’usagers de par le monde.
Il n’y a donc pas photo, comme disent les ados, Archie est bien le premier moteur de recherche de l’histoire pour Internet, la précision n’étant pas inutile, car pour ce qui est du principe de l’algorithme de recherche lui-même, il faut remonter aux années 70 avec les mainframes et les systèmes documentaires, qui intégraient des outils de recherche fondés sur des fichiers inversés et des tables d’index, les fichiers inversés permettant de retrouver un mot à partir de sa définition.
Précisions enfin que les inventeurs d’Archie n’ont pas fait fortune avec Archie, contrairement à d’autres…Ce qui n'est d'ailleurs pas un reproche.